jeudi 13 novembre 2008

À votre santé!


André Pratte a écrit récemment un article sur Cyberpresse, dans le cadre de la campagne électorale provinciale. Un passage du texte m’a frappé : « Si les politiciens n’avaient pas besoin de plaire à l’électorat, ils lui diraient la vérité: nous ne sommes pas collectivement assez riches pour soigner tout le monde. » Un autre Article sur Cyberpresse, daté d’aujourd’hui, raconte que « … les dépenses en soins de santé augmenteraient plus rapidement que l'économie du pays et qu'elles dépasseraient le taux d'inflation et la croissance de la population. »



Évidemment, le vieillissement de la population est un phénomène de fond qui entraîne des changements dans la société, la démocratie met à l’avant-plan les priorités de la « majorité » et puisque le noyau de la population commence à être confronté aux problèmes du réseau de la santé, il a fort à parier que cette tendance va s’accroître au fil des années. Ce système et ses problèmes sont déjà, selon les sondages, la plus grande préoccupation de notre société en ces temps électoraux, avant même l’économie ou l’environnement. Pratte est loin d’être un de mes préférés, mais force est d’admettre que son affirmation porte à réfléchir…

La santé et son financement sont des enjeux nationaux. On peut toujours, dans le cadre d’une élection, choisir le candidat du parti qui représente le mieux nos intérêts, mais les décisions demeurent au niveau national. Localement, certaines régions ont d’autres préoccupations, comme l’attraction, et la rétention, du personnel qualifié.





Voici ce qu’écrivait Élizabeth Caron du journal Première Édition l’été dernier : « L’Hôpital du Suroît doit faire face à une pénurie importante de personnel infirmier. Cet été, près d’une centaine de postes d’infirmière sont à combler, soit 69 postes à découvert et 30 remplacements de vacances. Quant aux médecins, le Dr Christian Leduc, chef du département de médecine générale, qualifie la situation de tout aussi problématique. Actuellement, l’hôpital est en déficit d’au moins huit médecins omnipraticiens. […] Pour pallier au problème de recrutement et séduire davantage la relève médicale, le Dr Bernard Jr Richard, chef du service de l’urgence, considère l’obtention de primes d’installation comme en a bénéficié l’Hôtel-Dieu de Sorel. Ces primes permettraient de contrer le déficit des recrues perdues notamment à l’Ontario où les salaires sont nettement plus élevés. »

Notre région doit donc jouer à « La grande séduction » pour attirer les diplômés de la santé dans notre région? Nous ne sommes pourtant pas si éloigné des grands centres comparativement à l’Abitibi ou la Côte-Nord. Ça démontre, à mon avis, à quel point l’image de notre région a souffert avec le temps. Il faudrait un plan plus global que juste celui de la santé, rendre notre région plus attirante. Un dynamisme local. Mais ce sera pour une autre chronique…

C’est peut-être mon profil RH qui me porte à voir le problème sous cet angle, évidemment, mais outre l’attraction de la main-d’œuvre, il faudrait aussi une meilleure gestion du personnel du système de santé. Un article d’aujourd’hui explique, sans le vouloir, le phénomène : La place du privé, et la sous-traitance, en santé. On commence peu à peu à se rendre compte que le privé est bel et bien implanter dans ce réseau et qu’il draine d’importantes ressources. Les médecins peuvent faire plus d’argent avec des horaires de travail moins contraignants, le choix est facile. Les CLSC peuvent faire appel à des infirmières en sous-traitance, à des agences de placement. Les infirmières, elles, sont de plus en plus attirées par les conditions de travail avantageuses offertes par les agences de placement comme Santérégie ou autre. Et on ne parle pas ici de salaire, car il est inévitablement inférieur, mais bien d’horaire de travail raisonnable. Une infirmière peut demander à ne travailler que 25 heures, et l’agence ne la cédule que pour 25 heures, pas de surtemps, pas de pression, etc. La popularité grandissante de ces agences vient évidemment empirer la pénurie dans le système public, qui doit en demander plus à son personnel fidèle, qui lui est de plus en plus tenté de fuir ce rythme infernal. Un cercle vicieux.

Et au-delà de ces discussions, de ces réflexions, il y a les expériences personnelles vécues quotidiennement par nos concitoyens. Je retranscris ici une lettre d’un agriculteur de St-Timothée qui a eu la mauvaise idée de se coincer les doigts dans une de ses machines. Un exemple parmi tant d’autre, rédigé dans ses propres mots :

« Le 4 novembre 2006 restera gravé à tout jamais dans ma mémoire, car je devrai vivre désormais avec mon handicap m’étant pris les doigts dans une chaîne de ma moissonneuse-batteuse. J’ai dû être transporté à l’urgence du Centre Hospitalier Régional du Suroît (CHRS). Je tenais les morceaux de main droite dans ma main gauche pour ne pas en perdre. Devant la gravité de ma blessure (fracture ouverte et tendon coupé), on m’a transporté à l’Hôpital Général de Montréal en me disant: « Soit pas inquiet mon grand! On les a appelé et ils vont te réparer ça sans problème, une équipe de spécialistes t’attend et ils font quasi des miracles.»

Allô miracle, j’ai été très déçu. Je ne pouvais m’imaginer que ce genre de miracle existait! Il n’y avait pas un seul chirurgien sur place. Ils ont appelé à l’Hôpital Royal-Victoria de Montréal pour constater qu’aucun chirurgien n’était disponible! J’ai eut droit à un «interne» et il m’a dit bêtement : «Je sais qu’il faut que ce soit effectué en salle d’opération, mais moi je n’ai pas mes permis et mon patron m’a dit de ne pas le déranger.» Il ne faut pas oublier, qu’à ce moment, les chirurgiens du Québec étaient en moyens de pression pour obtenir la parité salariale avec ceux de l’Ontario. Alors, je n’ai pas eu droit à la reconstruction de mes doigts, ni au raccordement du tendon. On m’a donné de la morphine, car ça faisait 4 heures que l’accident était arrivé. L’interne a seulement désinfecté la plaie ouverte, pleine de graisse et de poussière avec de l’eau distillée pour y rentrer les morceaux et refermer le tout nécessitant 76 points de suture, un simple bandage et un : « Retourne chez toi mon grand et on te rappellera plus tard.»

Je me croyais en Afghanistan ou en Irak. J’aurais aimé être un chien ce soir-là, j’aurais été mieux traité! Une infirmière de l’Hôpital Général m’a dit que si j’avais été un pianiste, j’aurais été traité différemment, mais un agriculteur ce n’est pas important à leurs yeux! Si mon nom avait été Jean Charest ou Philippe Couillard, j’aurais peut-être eu plus de chance. Ça faisait 4 jours et le chirurgien « pas dérangeable » ayant oublié de me rappeler, je me suis donc présenté moi-même à l’urgence pour me faire dire « Que voulez-vous qu’on fasse? » J’ai demandé qu’on me défasse mes bandages pour que je voie ce qu’il en était. Ce n’était pas beau à voir, c’était tout infecté! Sérieusement, le médecin très occupé m’a envoyé son «interne». Ce dernier, très découragé par ce qu’il voyait, n’a pas eu le choix de m’hospitaliser pour 10 jours avec 30cc d’antibiotiques à toutes les 6 heures (une dose pouvant tuer un cheval!) afin d’éviter de justesse l’amputation de ma main.

Par la suite, j’ai appelé au bureau du Ministre de la Santé et des Services Sociaux du Québec, M Philippe Couillard, qui a renvoyé la balle à l’ombudsman de l’hôpital. J’aimerais qu’on me dise qui aller voir en cas d’accident: l’ombudsman ou le médecin. Est-ce qu’il va falloir qu’il y ait une police (un ombudsman) derrière chaque médecin pour le faire travailler et vérifier son travail?

Je suis producteur de bovins de boucherie. J’ai souvent assisté les vétérinaires, je sais donc préparer un champ opératoire ou comment désinfecter une plaie (avec de multiples passages à l’alcool et à la teinture d’iode). Par conséquent, je conseillerais à « mon interne » d’aller faire un stage à l’Institut de médecine vétérinaire. Il y aurait moins d’amputations et de bactéries dans les hôpitaux! Je n’accepterai pas de me faire traiter moins qu’un animal. Si je traitais mes animaux comme je l’ai été, cela ferait longtemps que la SPCA serait dans ma cour et m’aurait traduit devant les tribunaux pour cruauté envers les animaux. Si je considère qu’environ la moitié de mes impôts vont pour les soins de santé au Québec, dans un encadrement tout croche, je trouve la situation aberrante. M Charest dit avoir le système de santé sous contrôle et M Harper dit que le Québec est une nation. Après avoir vécu cette expérience, moi je dirais que le Québec est une nation sous-développée et je suis modéré, car M Gilles Proulx dirait, quant à lui, une «République de bananes». Nous vivons présentement les gaffes de la réforme du système de santé orchestrée par les MM Côté, Rochon, Bouchard et Cie., mais s’il n’arrive pas bientôt un «Robin des bois» dans cette maudite cabane-là, je devrai dire comme l’ex-ministre Jean Cournoyer: «Désespoir, plus ça change, plus c’est pareil!»
Bien que je paie mes impôts au Québec, si une situation semblable se représentait, je paierais le gaz à l’ambulance pour qu’elle me transfert en Ontario. Les médecins de cette province n’ont, en aucune circonstance, le droit de prendre la population en otage, eux! Et combien j’aurais pu faire économiser au système de santé si j’étais resté chez moi au moment de l’accident avec ma femme, une infirmière qui aurait pu me faire les points de suture sans reconstruction comme l’interne l’a fait, au lieu d’aller à l’hôpital?
Je salue le «patron qui n’a pas voulu être dérangé», qui a fait comme si mes rendez-vous n’avaient pas eu lieu et qui a fixé le sol quand je l’ai croisé dans les corridors de l’hôpital. Salut! »

Photo : MonSalaberry.ca

1 commentaire:

Anonyme a dit...

Ayoye!

C'est horrifiant cette lettre-là! Y'a juste le message politique à la fin qui date des années de Duplessis et que du haut de mes 23ans, ne peut comprendre.

C'est génial que t'ai eu accès à cette lettre!

Lâche pas!

TAlion

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Conseiller en Ressources Humaines Agréé membre de l'ORHRI, conseiller en management pour les Services-conseil Campi Tactik, coordonnateur administratif pour Mlle Nettoie-Tout et conseiller au Comité exécutif du Parti Québécois de Beauharnois